En 2014, 45 immigrants vivaient dans le comté de Gloucester. En 2024, ils étaient 563.
Ce changement nous apprend quelque chose que toute la région doit entendre. Au cours de la dernière décennie, la croissance du Canada atlantique a reposé sur l’immigration, et reculer maintenant met en péril les dix prochaines années.
Cette année, le Conseil d’entreprises du Nouveau-Brunswick a commandé un rapport pour confronter cette idée aux faits. Nous avons posé une question simple. À quoi ressemblera le Canada atlantique en 2035 si l’immigration continue de croître, et à quoi ressemblera-t-il si elle ne croît plus? Nous ne voulions pas d’un rapport qui confirme ce que nous pensions déjà. Nous voulions des chiffres solides.
Ils le sont.
La croissance de notre main-d’œuvre est venue des nouveaux arrivants
On entend souvent que les nouveaux arrivants prennent des emplois qui iraient autrement à nos jeunes. Les chiffres racontent une autre histoire.
Au cours des vingt dernières années, le nombre de travailleurs nés au Canada a diminué d’environ 34 000 au Canada atlantique. Beaucoup de jeunes sont entrés sur le marché du travail. Ils n’étaient tout simplement pas assez nombreux pour remplacer tous ceux qui prenaient leur retraite.
Les nouveaux arrivants ont comblé l’écart. Au cours de la même période, le nombre d’immigrants et de travailleurs temporaires dans notre population active est passé d’environ 49 000 à plus de 264 000. Chaque travailleur net supplémentaire dans la région est né ailleurs. Sans eux, notre main-d’œuvre serait aujourd’hui plus petite qu’en 2006.
L’économie en a ressenti les effets. Entre 2008 et 2018, alors que la croissance de la main-d’œuvre stagnait presque, le PIB réel n’a progressé que de 0,5 % par année. Une fois l’immigration en hausse, et en excluant la pandémie, la croissance est revenue à environ 2,4 %.
Deux trajectoires vers 2035
Le rapport modélise deux avenirs pour la region.
Avec une immigration soutenue, le Canada atlantique croît de 2,5 % par année et ajoute environ 175 000 travailleurs d’ici 2035. Si l’immigration revient aux niveaux d’avant 2018, la croissance tombe à 0,5 % et la population active diminue d’environ 94 000 personnes.
Sur une décennie, c’est la différence entre une croissance cumulative de 31 % et de 6 %.
Cet écart ne se limite pas aux rapports économiques. Il se reflète dans le budget provincial. Une population en croissance signifie plus de gens qui travaillent, gagnent un revenu et paient des impôts, et ces recettes financent les hôpitaux, les écoles et les routes dont les gens du Nouveau-Brunswick dépendent. Une main-d’œuvre en déclin signifie étirer les mêmes services sur une base plus petite ou dépendre davantage des transferts fédéraux. Le Nouveau-Brunswick a tout intérêt à croître vers l’autonomie financière.
Les petites collectivités sont touchées en premier
En 2014, 34 des 46 divisions de recensement du Canada atlantique perdaient de la population. En 2024, seulement quatre en perdaient encore, principalement grâce à l’immigration. En 2025, alors que les admissions diminuaient, ce nombre est remonté à 14 sur 46.
Le renversement est déjà amorcé. Le comté de Restigouche a vu l’immigration chuter de 44 % en une seule année.
Une collectivité vieillissante ne disparaît pas du jour au lendemain. Les entreprises réduisent leurs activités ou ferment. Les écoles fusionnent. Les cliniques deviennent plus difficiles d’accès. Les familles se rapprochent des grands centres, et la prochaine vague de fermetures suit.
Le comté de Gloucester a évité cette trajectoire. D’autres comtés s’y engagent de nouveau.
La croissance exige des gens et un plan
L’immigration ne réglera pas tout à elle seule. La croissance ne fonctionne que si le logement et les services suivent, ce qui exige l’attention des gouvernements comme des employeurs. Les travailleurs ne bâtissent pas non plus, à eux seuls, des industries exportatrices. Nous avons besoin d’investissement, de productivité et de gens, tous en même temps.
Certains craignent que les nouveaux arrivants nuisent à la prospérité. Les données montrent le contraire. Parmi les États américains et les provinces canadiennes, les endroits qui comptent plus d’immigrants ont tendance à être plus riches par habitant, et non plus pauvres.
Rien de cela ne change la direction que nous prenons. Les admissions de résidents permanents ont diminué de 19 % au Canada en 2025. Au Nouveau-Brunswick, elles ont chuté de 29 %. Ces décisions façonneront notre main-d’œuvre, notre assiette fiscale et nos collectivités pendant des années.
La réalité de la région
Le Canada atlantique est plus âgé que le reste du pays. Il a de réelles possibilités dans l’énergie, les mines, l’agriculture et la fabrication. Ce qui lui manque, ce sont assez de gens pour les saisir.
Toute approche nationale en matière d’immigration doit tenir compte de cette réalité.
Dans dix ans, nous voulons écrire sur la prospérité de la région et de nos collectivités, et non sur leur déclin.